| L'expertise franco-québécoise |
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L'effectivité d'un réseau franco-québecois de chercheurs
Par rapport au champ d’intérêt général du CRÉPIS, c’est-à-dire la réponse sociétale ou socio communautaire aux besoins des populations fragilisées ou vulnérables, le réseau franco-québécois de chercheurs affiche une complémentarité tenant aussi bien compte de leurs approches thématiques (famille et enfance, personnes en perte d’autonomie, femmes, jeunes en difficulté, etc.) que leurs axes méthodologiques (description des processus de changement, identification des stratégies d’adaptation et de résilience, évaluation de fonctionnement, de l’efficacité et de l’efficience des services, des programmes et des politiques, etc.)
Les principaux champs de recherche du CRÉPIS peuvent être regroupés sous trois appellations, étant entendu que tout regroupement est porteur de ses propres limites.
1. la lutte contre l’exclusion dans sa globalité à savoir l’exclusion spatiale, l’exclusion sociale et l’exclusion économique
Dans la société, chacun a sa vie, un passé et un entourage, des désirs et des souffrances. Chaque personne a des capacités qui peuvent être développées, et les groupes sociaux qui l’entourent peuvent adapter leurs ressources aux besoins de chaque personne. Le Crépis oriente ses recherches sur une nouvelle façon de considérer et d’aborder la lutte contre l’exclusion dans sa globalité à savoir l’exclusion spatiale, l’exclusion sociale et l’exclusion économique sur le plan national et international.
L’exclusion est un phénomène qui prend des formes variées. Elle peut être de différents types, chronique, permanente, transitoire ou intermittente, et se manifeste de diverses façons, entre autres suivant l’âge, le sexe et le lieu de résidence des personnes touchées.
L’exclusion peut trouver son origine dans un événement personnel, mais elle est largement induite par des facteurs structurels : fermeture d’entreprises, ralentissement économique, décroissance démographique, transformations des familles, politiques fiscales et de transferts, etc. Le problème commande donc des interventions qui ciblent les individus et les communautés autant que des solutions collectives visant à changer les conditions économiques et sociales qui engendrent la pauvreté et contribuent à la maintenir. Enfin, contrairement à l’idée reçue qui veut que les personnes pauvres forment un groupe à part, on s’aperçoit que la pauvreté touche de près ou de loin beaucoup plus de personnes qu’on ne le pense. Pour parvenir à enrayer le grave problème de la pauvreté, de l’exclusion dans sa globalité, et à réduire sensiblement ses incidences, il faut que le phénomène soit mieux compris et que les solutions aux problèmes soient solidement étayées. Dans un contexte socioéconomique en rapide changement, où les déterminants de la pauvreté sont eux aussi en transformation (vieillissement de la population, délocalisation des emplois vers l’étranger, transformations des familles, etc.), il importe de tenir compte de l’évolution de la situation, de mieux saisir les nouvelles formes d’expression de la pauvreté et d’ajuster les solutions en conséquence. En contribuant à formuler des diagnostics précis et nuancés, en identifiant les différents facteurs à l’œuvre et leur articulation et en aidant à étayer les solutions, la recherche est une composante de base de la lutte contre l’exclusion.
La recherche a également transformé nos perceptions en démontrant que les solutions proposées pour sortir de la pauvreté sont plus efficaces lorsqu’elles s’appuient sur la participation active des personnes dites fragilisées. Ces quelques exemples montrent comment les résultats de recherche peuvent servir l’action. Ils mettent en relief la pertinence de disposer de données fiables et d’une bonne compréhension de la situation si l’on veut s’attaquer collectivement au fléau de la pauvreté et de l’exclusion de la personne dans sa globalité.
1.1 Le transfert et l’appropriation des connaissances
Notre plan d’action insiste sur l’importance du transfert et de l’appropriation des connaissances, sur la nécessité de faire connaître les résultats de la recherche et de les rendre facilement accessibles. La stratégie cherche à optimiser l’utilisation des connaissances accumulées, certaines étant encore trop peu connues, en mettant l’accent sur les bilans critiques de connaissances, leur diffusion et leur transposition en gestes concrets de lutte contre la pauvreté et l’exclusion dans sa globalité. Sa valeur ajoutée tient au fait qu’elle vise à fournir un apport original et déterminant en ralliant les forces en présence, en soutenant la production de connaissances nouvelles et en assurant leur relais vers l’action. La recherche ne peut, bien sûr, se substituer à l’action, mais elle est indispensable pour mieux comprendre les causes et les conséquences du phénomène, et éclairer les choix d’intervention. Nos travaux de recherche devant nourrir l’action, le Crépis utilise le modèle de l’approche populationnelle, veille à articuler les connaissances produites aux besoins d’efficacité des interventions et à assurer le relais des résultats vers la prise de décision. Dans la pratique, cette mesure trouvera sa finalité dans l’intervention par la construction d’outils d’aide à la décision.
1.2 Les territoires et la pauvreté
Partant du constat que la pauvreté est inégalement répartie sur le territoire, la recherche sur cette thématique examine les raisons en cause. Elle s’interroge sur l’existence de certaines caractéristiques des milieux géographiques, régions ou quartiers, pouvant contribuer à engendrer des problèmes sociaux dans leurs populations (chômage chronique, décrochage scolaire, toxicomanie, délinquance juvénile, etc.) ou qui, au contraire, sont susceptibles d’aider à y faire face (dynamisme local, solidarités, etc.). Par exemple, l’approche territoriale s’intéresse à la qualité des milieux de vie et vise à mieux cerner la situation dans les quartiers et les régions qui s’appauvrissent, sans négliger les milieux situés à l’extérieur des grands centres, en aidant à trouver des solutions adaptées à leur réalité. La recherche menée dans cette perspective traite des politiques de santé publique et des politiques sociales et notamment aux ressources publiques accessibles aux clientèles vulnérables (ménages à faible revenu, nouveaux immigrants, décrocheurs, marginaux, etc.), de façon à mesurer la qualité des services disponibles et les impacts du soutien offert sur la santé, le niveau de vie, l’isolement ou l’inclusion sociale, la mobilité géographique, la migration, l’intégration au marché du travail, etc.
1.3 Les coûts économiques et sociaux de la pauvreté
Dans l’ensemble, on sait encore peu de choses sur cet aspect de la pauvreté et la recherche pourrait apporter une contribution appréciable sur ce chapitre. A titre d’exemples, citons :
1.4 Les droits de la personne
Les liens entre la problématique de la pauvreté et de l’exclusion dans toute sa complexité et la question des droits et libertés ouvrent une piste de recherche encore très peu explorée. Pourtant, il reste beaucoup à faire pour mieux comprendre le problème de la pauvreté sous l’angle des droits fondamentaux de la personne et voir comment cette approche peut contribuer de façon efficace à endiguer le phénomène.
Comme vous avez pu le constater à la lecture de ce chapitre, la pauvreté-précarité-exclusion est un phénomène multidimensionnel. Elle résulte d’une combinaison de plusieurs éléments. La compréhension des dynamiques en jeu dans l’émergence de ce problème, son maintien et la mise en œuvre des solutions qui visent à le résoudre appellent une diversité d’approches de recherche qui sont autant de façons de conceptualiser la question. Toutes sont nécessaires à l’élaboration d’un portrait d’ensemble du phénomène de la pauvreté. A travers la réalisation des programmes de recherche, le Crépis vise à :
2. Assurer le transfert et la valorisation des connaissances
La stratégie veut donner au transfert et à valorisation des connaissances une place très importante. Ces activités ont pour but de rendre accessibles les connaissances produites au plus grand nombre possible d’utilisateurs, en élargissant éventuellement les clientèles, et d’accroître ainsi les retombées de la recherche pour l’ensemble de la société. Cependant, comme dans plusieurs autres champs de recherche, l’accès aux connaissances sur la pauvreté, leur transfert vers les milieux de prévention et d’intervention, y compris à l’intention des décideurs, et la valorisation de ces connaissances ne se font pas sans difficulté.
Le transfert est compris ici comme étant bidirectionnel. Il mise sur les échanges réciproques entre les acteurs : chercheurs des secteurs publics, parapublics et privés, intervenants, représentants des réseaux socio sanitaires, décideurs, personnes en situation de précarité, etc. Tous ces partenaires détiennent des connaissances : les chercheurs apportent des réponses aux problèmes qui se posent dans les milieux de pratique, tandis que les praticiens vivent souvent des expériences novatrices et possèdent des savoirs empiriques. Leurs façons différentes de conceptualiser la pauvreté et l’exclusion peuvent contribuer à enrichir notre compréhension des problématiques.
Trois perspectives majeures:
L’évaluation de la qualité des interventions occupe également une place centrale dans les recherches entreprises par le Crépis. L’insertion dans les pratiques de l’évaluation de la qualité et des résultats des interventions tels que nous le reconnaissons, signifie un changement dans les façons de considérer l’évaluation.
3. L’évaluation professionnelle
3.1 L’identification de nouveaux contenus d’intervention Le premier défi des travaux de recherche en évaluation des interventions est d’éclairer et de préciser l’acquisition de nouveaux contenus pour contribuer à la solution des problèmes existants et des nouveaux problèmes émergents avec l’espoir que seront consolidées les interventions qui produisent les résultats attendus et que seront abandonnées celles qui n’en produisent pas.
Dans ce contexte, l’évaluation est conçue comme un instrument flexible pour établir un agenda de recherche rétrospective et prospective sur la portée et les moyens mis en œuvre dans les interventions. L’évaluation devient comme une forme de consultation dans l’aide à la décision des orientations à adopter dans l’intervention. Elle implique un processus d’appropriation des intervenants dans l’exercice de leur capacité à contribuer au développement de l’intervention. Dans cette optique, la transposition et l’insertion de l’évaluation dans les interventions sont déterminantes pour le développement des pratiques.
3.2 La validation de l’imputabilité Pour les organismes de tutelle, comme pour les partenaires financiers, l’établissement de l’imputabilité est souvent considéré comme l’objectif le plus important à réaliser en matière d’évaluation. A la base de l’imputabilité, il y a d’abord la capacité de montrer que les dotations financières attribuées le sont vraiment aux fins de la réalisation des interventions prévues et que celles-ci se justifient parce qu’elles vont dans la direction des effets prévus. L’évaluation est aussi utilisée pour fournir l’information nécessaire aux décideurs. Mais dans l’évaluation des interventions, elle débouche sur une imputabilité qui concerne directement la personne. Une série de questions importantes servent de point de départ à ces études de l’imputabilité :
Ainsi, l’évaluation vise à vérifier l’existence d’une correspondance entre, d’un côté, les investissements de ressources et les activités accomplies en lien avec les objectifs définis et, de l’autre, la production des résultats attendus..
3.3 L’évaluation de l’intervention Dans l’action de recherche du Crépis, l’orientation privilégiée par l’évaluation met de côté les approches vagues, imprécises, non explicites, non validées et définies au jour le jour. Elle s’oriente vers un développement des interventions fondées sur des connaissances scientifiques, définies à partir de plans et de protocoles d’évaluation de l’intervention qui tiennent compte des besoins de la personne au-delà des seuls modèles organisationnels et qui peuvent être objet de la recherche. C’est dans cet objectif de certification que l’évaluation devient une entreprise de construction de connaissances pour mieux comprendre et expliquer le fonctionnement et les résultats des interventions pour les différentes professions concernées. Le partage des savoirs est donc au cœur de notre stratégie.
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